“Toute théorie est grise, mais vert florissant est l’arbre de la vie”. Cette belle phrase qui est attribuée tantôt à Goethe, tantôt à Lenine et à bien d’autres, résume assez bien le propos dont j’ai envie – encore – de vous entretenir aujourd’hui.

La semaine dernière, rappela-vous, j’avais consacré ma chronique du vendredi à la finale de la Coupe d’Afrique des Nations qui devait se dérouler au Caire entre les équipes d’Algerie et du Sénégal. Dans cet article, je n’avais pas caché ma préférence pour les Algériens, malgré ma grande sympathie pour mes amis et amies du Sénégal.

Et comme vous l’avez constaté, mon voeu a été exaucé pour la grande joie, bien évidemment, de millions d’Algériens mais et également de millions d’autres de mes concitoyens.Quelques jours après à peine, j’ai eu la chance de voyager avec un couple d’Algériens, de Casablanca à Taza, et ce périple de quelques heures a été un de mes moments les plus délicieux que j’ai connus ces dernières années. 

D’abord, j’ai pu confirmer que nous n’avions aucun problème pour communiquer entre nous, puisque nous avons parlé, indifféremment, aussi bien en Français qu’en arabe dialectal, sans que cela ne pose, à aucun moment, un quelconque problème de compréhension. 

Je dois vous préciser cependant qu’il s’agit d’un jeune homme et d’une jeune femme qui sont en couple dans la vie de tous les jours, mais aussi dans la vie professionnelle, puisque le mari, Salim Hamdi, est musicien et réalisateur de cinéma, et la femme, Malika Belbey, est comédienne. Ils viennent d’ailleurs de signer ensemble un film sur les oubliés de la révolution algérienne, qui fait beaucoup parler de lui.

Leur présence d’ailleurs au Maroc, et dans la voiture qui nous ramenait de Casa à Taza, entre dans le cadre de leur travail, puisque Malika est membre du jury de la 2ème édition du Festival International du Cinéma de la Diversité qui se tient à Taza du 22 au 27 juillet, un événement très ambitieux et qui augure d’un avenir radieux, et dont je vous parlerais peut-être un autre jour. Revenons à mes amis Algériens.

Durant tout le trajet, nous n’avons parlé pratiquement que de l’Algérie et de ce qui s’y passe depuis plus de 5 mois. J’étais vraiment un privilégié, parce que, du fait de l’implication, au sens propre et figuré du terme, notamment de Salim, dans ce processus révolutionnaire, j’ai eu droit à toutes les explications et les clarifications dont j’avais besoin pour mieux comprendre les tenants et aboutissants de ce grand moment historique.

Mais ce qui m’a le plus touché et le plus ému, c’est l’histoire que m’a racontée Malika, sur son appartenance réelle et effective au Maroc, puisque sa grand-mère paternelle est marocaine, et que son père a vu le jour à… Taza. Mieux encore : lors d’un voyage, d’un pèlerinage devrais-je dire, qu’elle effectué en compagnie de son mari et sa fille, dans cette ville magnifique, il y a quelque temps à peine, elle a découvert que le prénom de son père – Azzouz – est inspiré du grand saint et patron spirituel de la ville Sidi Azzouz, connu et vénéré par tous les Tazis.

Depuis, elle est tombée littéralement amoureuse de Taza, mais aussi du Maroc qu’elle visite pour la 2ème fois, mais elle a promis d’y revenir autant de fois qu’elle le pourra. Cette anecdote n’a pas manqué d’être rappelée lors de la cérémonie d’ouverture du Festival, alors qu’elle était sur scène dans un très beau caftan marocain, sous les applaudissement chaleureux et émus du public.

Cette belle histoire ne va pas et ne doit pas nous empêcher d’évoquer le grand problème des frontières terrestres toujours stupidement fermées entre nos deux pays qui ne devraient logiquement n’en constituer qu’un seul.D’ailleurs, Salim et Malika m’ont exprimé leur étonnement légitime et leur exaspération sincère en me rappelant qu’en l’espace quelques semaines, et pour la 2ème fois consécutive, et en dépit du bons sens, ils ont du faire, d’abord, le vol Alger-Casablanca, et, ensuite, subir plusieurs centaines de kilomètres de route, en direction de notre région orientale, c’est à dire l’Est du Maroc et… l’Ouest de l’Algérie.

La première fois, le couple était invité au festival du cinéma d’Oujda, où d’ailleurs Malika avait obtenu le prix d’interprétation féminine dans le film de Salim, et cette fois-ci, pour venir à Taza, où elle est membre du jury du festival.Vraiment, jusqu’à quand allons-nous continuer de vivre ces aberrations ? En attendant, de Taza, la ville aux 1000 et un charmes ignorés, je vous souhaite une très bonne semaine, et moi, je me souhaite un bon festival.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma