Il y’ a à peine quelque temps, on parlait de la corruption dans notre pays comme d’un mal endémique impossible à combattre et donc impossible à vaincre. Parfois, on n’osait même pas sortir le mot en public. Le sujet était plus que tabou. Il était politique. D’ailleurs, la dénonciation de la corruption faisait partie systématiquement de toutes les plateformes des organisations politiques et syndicales dites d’opposition à ce qu’on appelait à l’époque “le pouvoir”.

Certains militants et militantes ont parfois payé très cher leur engagement contre la corruption et les corrompus, qu’ils soient grands ou qu’ils soient petits. A ce propos, les appellations “grande corruption” et “petite corruption” ont sans doute été inventés par les corrompus et les corrupteurs eux-mêmes, pour dédramatiser la première et dédouaner la seconde. Et réciproquement.

Puis, au fur et à mesure de ce qu’on pourrait appeler “l’évolution démocratique” qu’a connu le Maroc ces dernières années, et des changements palpables que nous avons constatés, le sujet est devenu beaucoup moins tabou. Mieux : il a fini, progressivement, par être pris à bras le corps directement par “le pouvoir”, notamment par la création d’instances dédiées, et par la mise à disposition de moyens et d’outils conséquents, à la satisfaction de tous ceux et toutes celles qui ont fait de la lutte contre la corruption, le combat de leur vie.

Malgré le scepticisme des pessimistes, les résultats ont commencé à se sentir, certes avec un certain retard. Mais le challenge était tellement grand et le gap à atteindre tellement haut, que seuls y croyaient fermement, les éternels réalistes et les politiques – qui sont au gouvernement .

À chaque fois que le classement du Maroc sur l’échelle mondiale de la corruption évolue ne serait-ce que de 2 ou 3 places, tout ce petit beau monde applaudit à tout rompre.

Où en sommes-nous, aujourd’hui ?

A vrai dire, et malgré la nette progression que le Maroc a réalisée au cours de ces années passées, notre position est encore loin d’être enviable. Nous sommes à la 73 ème place avec un score de 43/100, ou si vous préférez, une note de 4,3/10. Quand nous nous comparons aux premiers du classement – le Danemark (88/100), la Nouvelle-Zélande (87/100), la Finlande (85/100) et Singapour (85/100) – nous comprenons que nous avons intérêt à ne pas trop pavoiser. Il est vrai que nous sommes beaucoup mieux que certains pays “frères ou amis” tels que la Libye (17/100), le Yémen (14/100) ou la Syrie (13/100), sauf que ces pauvres états sont depuis longtemps dans un sale état, en raison notamment des guerres plus ou moins fratricides et/ou du terrorisme. 

Concrètement, le Maroc n’est toujours pas encore sorti de l’auberge pourrie et nauséabonde de la corruption. Il nous arrive parfois, nous les optimistes chroniques qui aimons notre pays à la folie, et qui désirons fortement qu’il guérisse définitivement de cette maladie infectieuse, d’avoir l’impression que les choses commencent à changer.

Hélas, nous désenchantons très vite dès lors qu’un de nos proches ou une de nos connaissances nous rapporte telle ou telle anecdote relative à un acte de corruption, active ou passive. Il pourrait s’agir de tel haut responsable qui aurait exigé une somme coquette pour faire passer un marché public, ou d’un petit fonctionnaire qui aurait demandé “juste un petit café” pour activer une paperasse quelconque, ou bien d’un simple agent de justice, de police ou de gendarmerie, pour fermer les yeux sur une infraction plus ou moins condamnable.

Et là, nous revenons sur terre, pour ne pas dire nous tombons de haut. La chute est encore plus douloureuse quand ce sont ces proches et ces connaissances qui sont eux-mêmes impliqués dans ces actes répréhensibles et délictuels, soit en tant qu’acteurs actifs, soit en tant que témoins passifs. Ce qui est encore plus grave, c’est lorsqu’ils essayent de nous convaincre “que c’était pour gagner du temps”, ou “qu’il n’y avait pas d’autre issue que de donner” ou bien, pis, “que tout le monde le fait”. 

Que faire ?

Il n’y a pas 2 ni 10 solutions, mais une et une seule : 
Nous devons continuer de dénoncer et de combattre la corruption, là où elle est, et à quelque niveau qu’elle est, à commencer par nous-mêmes et par nos plus proches. Cela suppose, bien entendu, que nous ne devons jamais justifier la corruption parce qu’elle est, et restera toujours, pénalement et moralement INJUSTIFIABLE. 
C’est un combat de longue haleine, mais, objectivement, il en vaut vraiment la peine. 

Très bonne semaine à Mardi prochain.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma