Par Abdelhamid Khadraoui, Médecin et Écrivain.

Ironie du sort ou sort de l’ironie, je ne sais plus. Tout est sens dessus dessous. Le taureau qui porte la planète sur sa corne droite a décidé de la poser sur celle de gauche dans un vacarme assourdissant.

La secousse dont l’épicentre est à Huwan a fait trembler le Colisée de Rome, les champs Elysées et les boulevards de New York… Elle a plaqué au sol les avions et obligé à rester au large des paquebots de croisière.

Dans un vacarme cosmique où ce n’est pas le plus grand des météorites qui tombe sur terre, mais le plus petit être vivant à un seul brin d’ARN qui s’avère plus puissant qu’une bombe à hydrogène, la planète retient son souffle.

Nous sommes tentés de croire que ce qui arrive à l’humanité n’est qu’une réponse à l’arrogance de ceux qui ont cru à l’hégémonie d’une certaine classe d’une certaine couleur…Un virus balayeur a décidé de nettoyer les immondices putrides laissés sur la face de la terre pour rééquilibrer les lois cosmiques jusqu’ici malmenées et injustement bouleversées.

L’homme a voulu créer le vide en salissant tout ce qu’il touche et instaurer une économie de consommation effrénée ne respectant rien. Le brave mini virus est porteur d’un message pour ceux qui savent lire. Puisque vous voulez, sous prétexte de progrès économique, détruire le monde il contraindra à l’arrêt forcé et au blocage toutes les économies pernicieuses.

Quand l’économie s’écroulera, la pollution diminuera et l’air redeviendra plus respirable.

Devant la résurgence des idéologies racistes, discriminatoires frôlant l’eugénisme nazi, le petit virus ami des opprimés met en quarantaine des millions de nouveaux discriminés en un clin d’œil. Les discriminants d’hier sont alors devenus des refoulés aux frontières, des segregués suspects de porter en leur souffle la maladie…

Le complexe de toute puissance s’est subitement transformé en l’angoisse d’être à court de papier hygiénique…

Comme un cadran solaire de l’ancienne époque, le petit virus a cassé toutes les trotteuses: le temps trop court doit reprendre son temps. Il a décidé de stopper le cours du temps dans une société qui manquait de temps… Le petit virus a pensé à ces milliards d’enfants jetés aux garderies très tôt le matin et récupérés au crépuscule, à ces grands parents oubliés dans leur solitude maladive.Tous aux  arrêts de rigueur, à la maison, pendant des jours et des jours.

Le petit virus nous apprendra à faire le compte d’un temps dont nous avons perdu la valeur, dès qu’il n’est plus mesurable en argent ou en profit. Et furieux, il déchire tous les » Time is monney »  pour fabriquer du temps à consacrer à nos proches et réunir la famille autour d’un foyer convivial.

Le petit virus, méchant garnement, est venu nous rappeler que la seule manière de nous en sortir est d’ouvrir les frontières au lieu de les fermer pour tendre vers la réciprocité, le sens de l’appartenance à l’humanité qui est quelque chose de plus grand dont nous devons prendre grand soin pour qu’elle prenne soin de nous.

La nature fâchée, au lieu d’erupter de lave de volcan ou de fracas de plaques tectoniques, nous envoie le plus petit de ses êtres pour nous rappeler que nous sommes des locataires irrespectueux des clauses d’un bail et oublieux de notre devoir d’aider notre prochain.

Petit virus, je t’aime bien!

Tu portes bien ta petite couronne, tu sais ?

* Texte inspiré d’une contribution de Francesca Morelli, psychothérapeute italienne.