C’est très bientôt la période dite des “vacances”, et il nous semble opportun de voir comment nos concitoyens perçoivent cette pratique acquise et admise universellement,  et comment la vivent-ils concrètement.  En fait, tout le monde connait les vacances, mais est-ce que tout le monde va en vacances ? 

Avant de répondre à cette question quelque peu insolite, Voyons d’abord ce que le mot “vacances” signifie. La plupart des dictionnaires vous donne une définition laconique qui est, plus ou moins, “la période de congés des personnes en activité”. 

Cette définition nous interpelle, nous les Marocains de  l’intérieur – à ne pas confondre avec les Marocains du monde, qui, eux, sont plus ou moins assimilés aux étrangers.

Le sens de cette définition est clair et précis : pour partir en vacances, donc, en congé, il faut d’abord avoir un travail. 

D’où une première question quelque peu provocante : est-ce que les Marocains qui ne travaillent pas, autrement dit les chômeurs, et qui sont légion, on le droit de prendre des vacances, et si oui, comment et avec quoi le font-ils ? 

Nous pouvons laisser cette question en suspens et passer à une seconde question tout aussi provocante, sinon plus : est-ce que tous les Marocains qui ont un travail, une activité, un job rémunéré, prennent des vacances, et si oui, où vont-ils et combien dépensent-ils ?

Une dernière question pour boucler la boucle : comment et quand les Marocains, en activité ou pas, qui ont un revenu régulier ou non, programment-ils leurs vacances ?  

Nous allons essayer de répondre plus ou moins objectivement à cette série d’interrogations non pas d’une manière académique, car nous n’avons aucune étude ni qualitative ni quantitative pour étayer nos propos, mais juste d’une manière empirique, c’est-à-dire en nous appuyant sur ce que nous voyons plus ou moins autour de nous. 

A la première question concernant le chômage et les vacances, nous pouvons nous contenter d’une réponse brève, logique et expéditive du genre “pas de travail, donc pas d’interruption d’activité, donc pas de vacances”. Sauf que chez nous, ce sont souvent ceux qui ne travaillent pas ou peu qui parlent le plus de partir en vacances, et qui, paradoxalement, arrivent souvent par le faire. 

En vérité, il n’y a ni mystère ni miracle,  mais juste une pratique vieille comme le monde et qui est pratiquée, à des degrés divers, partout dans le monde. Cela s’appelle  “les vacances chez la famille”. Il y a ceux qui en profitent et ceux qui les subissent. D’ailleurs, pour être honnête, il faudrait dire qu’il n’y a pas que les chômeurs ou ceux qui sont dans le besoin qui pratiquent  “les vacances chez la famille”, mais aussi bon nombre de ménages avec enfants et toute la smala qui aiment bien de temps en temps, et même, pour certains, tout le temps, recourir à cette pratique somme toute assez agréable et assez économique, du moins pour ceux qui font “la descente chez la famille”. La partie réceptive, elle, regrette la plupart du temps, d’avoir choisi d’habiter en bord de mer, en montagne, ou juste, parfois dans une grande ville attrayante et accueillante. 

Qu’en est-il des autres, c’est-à-dire ceux qui travaillent, qui ont un revenu, grand ou moyen, et qui ont des congés souvent payés ? Dans cette catégorie, il y a les plus ou moins modernes et les plus ou moins traditionnels – parce que les Marocains sont presque tous dans la nuance. Ils ne sont jamais tranchés, culturellement parlant. Et c’est sans doute pour cela qu’ils ont des pratiques très similaires. 

Par exemple, la plupart ne choisit la période des vacances et le lieu de ces vacances qu’à la dernière minute, autrement dit quelques jours seulement avant le départ. Pourtant, beaucoup d’entre eux, savent, parfois un an à l’avance, la date précise de leur congé, et en tout cas, celle des vacances de leurs enfants. 

Résultat :  ils ne trouvent pas facilement de place où loger et ils finissent par le payer très cher, avec toutes les tensions qui en découlent. 

Et à propos de payer cher, un des mystères de nos pratiques sociales en matière vacances, c’est que rares sont les ménages qui prennent la peine d’épargner pour cette charge annuelle incontournable, et pourtant, l’argent qui est dépensé durant ces vacances, en logement, en alimentation et en chats de tout genre, est tout simplement phénoménal. Et ce constat ne concerne pas uniquement les ménages socialement élevés, mais même et surtout les foyers à bas revenu, voire à pas de revenu du tout.   

Cela est d’autant plus étrange, que depuis quelques années, les congés annuels d’été sont pratiquement accolés au lendemain du ramadan, un mois particulièrement budgétivore, à la fête du mouton qui l’est presque autant, et, bien entendu, à la rentrée scolaire avec toutes les dépenses qui la précèdent et qui la suivent. 

Et pourtant, comme disait l’autre, ça marche ! 
Vous avez dit étrange ? 
Très bonnes vacances à tous et à toutes et à mardi prochain. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma