Par Abderrazaq Mihamou

Décidément de nos jours, on mêle le coaching à toutes les sauces. Voilà qu’on parle maintenant de coaching scolaire. Pourquoi pas de coaching fœtal ou néo natal, pendant qu’on y est ? A moins de se mélanger les pinceaux et aller piétiner les plates-bandes du psychologue devant ses cas purement cliniques, tout coach professionnel qui se respecte ne saurait se hasarder à végéter dans ces eaux-là. Coacher donc, un enfant ou un jeune adolescent, par principe relève du domaine de l’impensable et l’inadmissible.

Ce gallicisme n’a en fait sa raison d’exister que par le respect de la règle déontologique, indubitable et incontournable de la demande explicite du bénéficiaire. Je vois donc mal, comment un enfant en bas âge ou même adolescent, sentirait le besoin de se faire coaché, encore moins le formuler.

Cette pratique, biaisée depuis le départ, n’ayant aucun fondement scientifique avéré, m’a toutefois turlupiné un tantinet, au point de décider de faire une petite enquête à ce sujet auprès d’un échantillon d’étudiants de l’ENCG de Casablanca représentant près de 30% de l’effectif total de l’école, inférence oblige.

A la question suivante, « Auriez-vous besoin d’un coach pour vous accompagner dans votre performance scolaire ? », près de 90% des répondants ont répliqué « Je ne vois pas trop comment, à moins de m’assister directement dans les matières où j’ai des lacunes ».

Par ailleurs à la question suivante, adressée, cette fois ci aux parents,  « Auriez-vous besoin d’un coach pour vous accompagner dans l’éducation de vos enfants ? », la réponse est claire et non équivoque ;  Dans  90% de cas, les répondants voudraient bien s’attacher les services d’un coach pour mieux comprendre leur progéniture mais les moyens pour la plupart leur font défaut.

Ce constat suggère que le coaching des parents se justifie beaucoup plus que celui de leurs enfants, en raison d’abord de la fracture numérique, le boom de la technologie de l’information, l’internationalisation de notre espace télévisuel et médiatique. Les médias, abondants et évoluant avec une célérité de plus en plus effrénée, ont fait que nos enfants, bambins ou adolescents, pour s’adapter, changent de référentiels à tout bouts de champs. Phénomène que n’importe quel coach, fut-il des plus doués ne saurait lisser et aplatir.     

En vérité, les enfants avant l’âge adulte, pris dans la tourmente de leur écosystème et livrés à eux même, sont à même de piocher dans tous les côtés pour trouver leur voie sans qu’on ne les influence. Leur caractère et leur personnalité sont forgés en s’auto coachant dans une systémique complexe qui prend essence dans leurs familles, leur éducation de base, leurs fréquentations, leurs enseignants et référents.

Ceci dit, les coaches qui se respectent, ceux qui sont sages et qui connaissent leur limite, s’interdisent de s’occuper des enfants et savent pertinemment que seul le psychopédagogue, est en mesure d’intervenir dans des cas extrêmes de marginalisation.

Le Maroc, n’échappe pas à la férule de ce phénomène et nous assistons, dans une propagande publicitaire effrénée, à la proposition du coaching scolaire dans un toupet exaspérant.

Tous les moyens sont bons pour amadouer les parents incrédules et désemparés devant l’hérésie criarde de leurs chérubins. En fait, ces mercantiles coaches, pour la plus part formés à la sauvette, ne lésinent devant aucun artifice, pourvu qu’à la clé, quelques pièces sonnantes et trébuchantes viendront arrondir leur fin de mois.

Promettre à ces pauvres victimes innocentes des lendemains meilleurs, en les abreuvant de potions, à base de mots tintant à l’oreille, de verbes doucereux à l’esprit et de caresses dans le sens du poils, est bien un cas d’escroquerie masquée et fallacieuse. C’est un leurre aux parents démissionnaires dans l’éducation de leurs enfants, qui croient que le coach est un chu du ciel, venu faire de leurs mioches des génies. C’est également un trompe œil pour ces derniers, qui se croient être parvenus au summum, raisonnent plus grand que leur âge et ne prennent pas le temps de faire de leur propres expériences, un background et un capital immatériel, bénéfique pour eux et leur pays.

En termes de chute de cette modeste palabre, autant, je plains les parents qui se sont vite prêtés au jeu de ces providentiels sauveurs, farfelus pour la plus part, autant, je rends hommage aux autres parents, plus avisés, qui ont réussi l’accompagnement de leur descendance en s’investissant à leur réserver du temps, à se pencher sur leur manquement d’une manière intelligente, et dans une approche participative, d’appréhender avec eux les difficultés de la vie.

Abderrazaq Mihamou : Expert en TIC & Organisation coach professionnel certifié