Longtemps ai-je milité pour un pacifisme non seulement militaire, mais également diplomatique, à l’égard d’une Algérie écorchée vive tant elle a subi les pires horreurs depuis cinq siècles de la part de l’expansionnisme ottoman, du colonialisme français et enfin du pouvoir militaire sous la houlette du FLN. Après l’épisode d’El Guergarate où les « gouverneurs militaires » d’alger, par racaille polisarienne interposée, ont montré toute leur toxicité hégémonique, j’ai cruellement déchanté. Explication.

En effet, le pacifisme aux intonations jauressiennes qui m’était chevillé à la plume se prévalait d’un rêve toujours vivace d’une puissante fédération des peuples nord-africains où règneraient complémentarité, démocratie et respect des droits humains.

Hélas, l’épisode d’El Guergarate a pulvérisé le peu de confiance que j’accordais encore aux trouffions d’Alger. Je m’aperçus, en effet, de l’ampleur de ma candeur et, simultanément, de l’inéluctabilité pour le peuple algérien frère de procéder prioritairement à la « démilitarisation » de l’Etat avant tout autre tâche régionale ou internationale, fut-elle des plus pressantes.

Les porte-galons et leurs marionnettes placées à la tête de l’Etat militaire qui sévit en Algérie depuis sa décolonisation semblent n’avoir tiré aucune conclusion de l’effondrement du monde bipolaire qui leur avait naguère ouvert les bras avec l’appui de l’ex-URSS, de la Cuba castriste, des défunts leaders tiers-mondistes et national-arabistes. Les géronto-baroudeurs qui se prévalent toujours d’une pseudo-légitimité anticolonialiste largement périmée semblent n’avoir guère vu passer l’implosion du Glacier soviétique, l’avènement de la mondialisation, l’irruption de l’ère post-modernitaire, le torrent des technologies de l’information, le démantèlement de nombre d’Etats-nations arabes, le déplacement du centre du monde en Asie, l’émergence de l’Afrique en future locomotive de la croissance mondiale, sans compter la multiplication de néo-puissances régionales et même transnationales de par notre planète.

Pendant ce temps, sous le magistère des militaires, l’Algérie cumule les dérives, les échecs, les faillites, les forfaits et les forfaitures. Même avec des caisses vidées, parce que systématiquement pillées, une monnaie devenue simiesque et une économie à terre, le pouvoir militaire continue à financer copieusement ses desperados soudards et criminels domiciliés à Tindouf.  Uniquement pour tenter d’aliéner le parachèvement de l’intégrité territoriale du voisin marocain !

Oui, je garde intacte mon espérance fédéraliste nord-africaine ; oui, je garde pour le vaillant peuple algérien frère toute mon amitié et, plus que jamais, ma solidarité franche et entière. Mais, c’est précisément pour ces raisons-là que je le dis tout net : « Le pouvoir militaire d’Alger ne mérite pas un micron de confiance ; il n’est plus habilité à représenter le peuple algérien pour négocier une décrispation fraternelle, totale et définitive avec le Maroc ou tout autre pays maghrébin d’ailleurs. Lorsque l’Etat sera « démilitarisé » par la volonté du peuple algérien frère, alors tous les espoirs seront permis et l’on pourra paisiblement entreprendre la construction fédérative d’un Grand Maghreb aux côtés d’une Algérie enfin redue à la normalité institutionnelle et, surtout, à une gouvernance authentiquement civile, où les militaires retrouveront leurs casernes et s’éloigneront radicalement et définitivement de la sphère politique.

Tant que le Maroc était « l’homme malade du Maghreb », il ne dérangeait point l’Algérie du Parti unique. Il pouvait même compter sur l’empathie du Colonel Boumediene au lendemain des deux putschs manqués qui allaient le précipiter dans les enfers. Depuis l’exploit historique de la Marche verte, le Royaume est redevenu l’« ennemi intime » de la Bande d’Oujda.

Pourquoi voudriez-vous dès lors que le Maroc offrît à une soldatesque algérienne ventrue, boulimique et opulente la possibilité de jeter son Sahara, sa véritable matrice historique, cette « sublime porte » de l’Afrique subsaharienne, dans le non-destin et la déchéance géostratégique ?

Six présidents, une atroce guerre civile et un cessez-le-feu plus tard, les voyous de Tindouf commettent, sous la dictée de leurs maîtres, le lâche forfait d’El Guergarate. Or, depuis quatre décennies, le Maroc a réussi, sans gaz ni pétrodollars, transformé ces contrées désertiques en un lieu de vie rayonnant de vivacité où s’est effectué le plus vaste brassage ethnoculturel de son histoire moderne.

Ce n’est donc point la fallacieuse autodétermination du « peuple sahraoui » que l’Algérie doit rechercher, mais celle, plus vertueuse, moins vicieuse, du Grand Maghreb qu’il faudra un jour installer dans les esprits et sur les cartes des états-majors ! Et ce jour n’arrivera jamais avant que le peuple algérien ne débarrasse à jamais de ses tortionnaires déguisés en hommes d’Etat ! Car parler de la création d’un Etat microscopique au sud du Maroc est juste une cauchemardesque plaisanterie, qui plus est à l’heure où des Etats-nations longtemps connus pour leur inébranlable solidité (Libye, Yémen, Irak, Syrie…etc.) risquent la décomposition pure et simple !

Les quarterons successifs de généraux algériens qui, naguère, portèrent Ben Bella au Palais Mouradia sur un tank, disaient le Maroc aisément vassalisable sous la houlette d’une Algérie boumédienienne championne du tiers-mondisme et de « l’industrie industrialisante ».

Mais l’histoire a décrété la fin de l’ère idéologique Est vs Ouest au bénéfice d’une ère unijambiste où trône le Marché-Dieu et la financiarisation des économies.

A elle seule, la pénétration capitalistique fulgurante de l’Afrique subsaharienne par les mastodontes entrepreneuriaux nationaux renseigne sur le nouvel ordre régional et même continental dorénavant piloté par un Maroc qui s’assume peu à peu. Quoique toujours englué dans des équations socio-égalitaires à moult inconnues.

Comment ne pas saluer dès lors ce saut majeur accompli par Mohammed VI en direction de l’Afrique ? Comment ne pas reconnaître à ce roi son étonnante capacité à mobiliser les capitaux golfiens et internationaux, aux côtés du capital national, au service de cette ambition continentale qui terrifie tant l’Afrique du sud, l’Algérie officielle et même les cercles parisiens de la « Françafrique » ?

Voyez-vous, je refuse le manichéisme qui tient mordicus à qualifier TOTALEMENT, UNIVERSELLEMENT et NECESSAIREMENT, de BON ou de MAUVAIS tel ou tel régime, tel ou tel dirigeant. J’ai la prétention de privilégier le discernement. Sans succomber à quelque tentation lèche-botte ou subir quelque pression de qui que ce soit, à l’âge où mes ambitions se trouvent bel et bien derrière moi, je le dis haut et fort : ma famille et moi-même ne devons pas un seul dirham à Mohammed VI ou au sempiternel Makhzen. Mais, cela m’empêche-t-il de reconnaître que le Souverain a fait les bons choix dans les quatre domaines stratégiques que voici ?

a) Les grands projets structurants qui changent considérablement le visage du pays : ports, aéroports, autoroutes, ferroviaire, transport urbain, requalification urbaine…

b) L’ouverture vers l’Afrique, là où le sort de l’humanité se décidera en ce XXIème siècle;

c) La rationalisation du champ religieux face aux assauts des forces obscurantistes.

d) La promotion avec un volontarisme inédit d’une grande politique énergétique innovante, privilégiant une approche écologique;

Bien entendu, le mépris des libertés individuelles et publiques, les offenses avérées contre les journalistes et les acteurs de la société civile, les incestueuses collusions entre les deniers publics et le capital privé proche du pouvoir, la faillite de l’enseignement, les inégalités et les injustices sociales…etc. constituent encore des chantiers à engager et continuent à susciter mon indignation.

En tous cas, je ne suis pas l’affreux nihiliste que croient certains. Je sais reconnaître ses mérites au pouvoir monarchique, mais je ne cesserai jamais de militer pour une monarchie parlementaire, VERITABLEMENT constitutionnelle, AUTHENTIQUEMENT démocratique et FRANCHEMENT sociale.

Voilà qui est clair ! Une bonne fois pour toutes, je l’espère !

Abdessamad MOUHIEDDINE, Anthropologue et Ecrivain-journaliste