Par Abdessamad MOUHIEDDINE, Anthropologue et Ecrivain-journaliste

Les tourments, soucis et autres confrontations parfois dramatiques qu’on impute à tort et à travers à l’islam ou que l’islam politique suscite ça et là à travers le monde ne peuvent qu’interpeller l’intelligentsia musulmane ou réputée comme telle. 

Je n’ai cessé de penser que la religion mohamédienne vit en ce XVème siècle de l’Hégire son XVème siècle médiéval que l’Europe a connu à la veille de l’éclosion de la Renaissance. 

Parce que la galaxie musulmane n’a pas encore investi le champ du relativisme, parce qu’elle tient encore mordicus à l’exclusivisme de sa vision de l’ici-bas et parce qu’elle subit frontalement la transformation vertigineuse du monde sans y contribuer, elle ne cesse de sombrer dans la victimologie et ses sombres lamentos.

Alors que son salut ne peut passer que par le relativisme, la sphère musulmane persiste, à travers son système de transmission des savoirs, son encadrement politique archaïque et la paresse intellectuelle de ses élites, à s’enfermer dans l’absolutisme propre aux temps immémoriaux de l’asservissement par l’ignorance.

Quand comprend-on donc qu’aucune religion, aucune idéologie, aucun système de pensée ne détient la clé du bonheur humain ici-bas et que ce bonheur ne peut être qu’individuel au sein d’un vivre-ensemble où chacun bénéficie du libre choix de ses idées sans nuire à autrui ?   

La sociologie des religions a établi le fait irréfutable que l’humanité a connu près de 10.000 religions, sans compter les schismes intervenus au sein de chacune d’elles.

Les spécialistes ont identifié les enchaînements de ces religions et ce qu’on appelle les « périodes axiales » qui y correspondent.

C’est ainsi que les humains connurent successivement : Les religions des chasseurs-cueilleurs; les religions agro-pastorales; les religions polythéistes antiques; les religions dites de Salut universalistes et, enfin, les transformations de ces dernières.

Cet enchaînement obéit aux périodes axiales que sont respectivement le Mésolithique (paléolithique supérieur); le Néolithique; les Royaumes antiques; les grands empires suivis des grandes aires civilisationnelles (politico-religieuses).

Ce cycle a été bouclé par les transformations des religions dites de Salut en systèmes réformés et de plus en plus séculiers.

Pourquoi viens-je ici relater ce cheminement historique des religions ?
Serait-ce dans l’intention d’en minorer leur portée spirituelle, voire humaniste ?

Ou serait-ce pour m’en aller fouiner à la recherche de leur prétendue inutilité ?

Que nenni !

Il s’agit tout juste de les ramener à leur statut premier de tentative humaine d’exploration du sens de l’univers, celui de la vie humaine sur terre et la causalité pouvant exister entre cet univers si vaste et les vivants de notre planète. Ce questionnement sur le sens existe dans la quasi-totalité des 10.000 religions imaginées, codifiées et souvent imposées par l’homme.

Chacune des périodes que j’ai citées ci-haut avait son échelle des priorités, ses codes de vivre-ensemble et ses contraintes.

Ces éléments-là sont donc constitutifs de la relativité de toute religion. Une relativité non seulement temporelle, mais également spatiale. Ainsi en est-il, par exemple, de la différence entre l’islam des Tijanes et celui des wahhabites ou entre le christianisme anglican et celui que prône l’église catholique romaine.

C’est donc cette relativité-là qui constitue la vraie richesse d’une croyance, et non son obsession absolutiste. Au même titre que la philosophie et ses appendices en sciences humaines, la recherche génétique ou encore les conquêtes spatiales. Voire au même titre que les différentes articulations du droit dont l’ambition n’est d’autre que l’harmonisation entre le bien public et l’épanouissement individuel dans le cadre de la tranquillité publique assurée pour tous et d’un vivre-ensemble harmonieux.

Enfin, sur une période s’étalant sur plus de trente millénaires, les hommes se sont imaginés toutes sortes de dieux et un nombre incalculable de rites et de dogmes dont certains peuvent être d’une grande cruauté et certains autres d’une grande portée humaniste.

Le substratum de tout ce parcours a engendré, à l’heure des autoroutes de l’information et, par conséquent, de l’abolition de l’espace et du temps, une forme d’enchevêtrement entre les religiosités diverses et variées et les visées politiques, voire géostratégiques. Les appétences financières et géostratégiques s’en sont emparées en fournissant la technologie meurtrière en contrepartie de rentes colossales.

Et c’est là où le bât blesse ! D’où le désarroi qui gouverne aujourd’hui les esprits et les comportements, les individus et les sociétés, les nations et les empires, le Nord et le Sud !

Voilà, en somme, où nous en sommes : La spiritualité a été abandonnée au profit de dogmes prétendument religieux et dûment manipulés par les forces expansionnistes et voraces de notre monde !

Or, la raison d’être même de toute religion n’est-elle pas la transcendance par une spiritualité qui fait sens au lieu de cultiver l’absurde et le non-sens ? 
En vérité, je vous le dis, hors de ce champ de la spiritualité, les religions ne sont que ruine de l’âme !