En moyenne 65% des Marocains inscrits- à peu près 8 millions- sur les listes électorales ne daignent pas aller voter. Le parti qui conduit le gouvernement aujourd’hui n’a obtenu que plus au moins 20% des 35% des voix exprimées, soit un peu plus d’un million de voix. 

Le drame aujourd’hui est que la minorité agissante donne à croire qu’elle représente l’opinion générale et s’autoproclame mandataire de tous les Marocains nonobstant le tollé général dont elle est l’objet.

Cette minorité agissante n’a pas tout à fait tort d’être dans cette posture de tutelle ou de mandat général dès l’instant qui celui qui ne dit mot consent.

Ainsi celui qui ne s’exprime pas, qui ne choisit pas lors des élections pour désigner ceux qui seront amenés à exercer le pouvoir en son nom, saura à ses dépens que ne pas choisir est un choix, celui de laisser les autres choisir à sa place. 

Et c’est justement cette majorité silencieuse qui pâtit le plus de ce dédain du jeu démocratique et de cet abaissement de nos institutions politiques. Le silence « apparent » nuit aux intérêts fondamentaux de cette majorité muette en termes d’emplois, de pouvoir d’achat et de droits sociaux.

De plus, le mérite de la démocratie est précisément de conférer au citoyen ce droit de choisir entre des programmes et des projets, et la démocratie perd son sens pour celui qui ne participe ni ne s’implique dans la chose publique de son pays et je dirai qu’à la limite les abstentionnistes sont les adversaires de la démocratie. 

Prenons garde du piège que nous tendent ceux qui nourrissent les sentiments de la méfiance des institutions, le déni de l’action politique et le repli sur nous-mêmes, pour leur laisser le champ libre pour la consolidation de leurs privilèges !! 

Réfléchissons bien. En en n’usant pas de notre bien collectif si précieux- notre voix- nous ouvrons le chemin aux candidats bonimenteurs, à l’incompétence et à la régression au détriment des candidats du savoir et de la modernité.

Il échoit aujourd’hui plus que par le passé aux forces du progrès et à leurs têtes les partis politiques, de reprendre en charge cette majorité silencieuse, pour qu’elle reprenne confiance dans la raison et le courage politiques, qui ne manquent pas dans notre pays, pour éviter que cette majorité silencieuse ne se transforme en armée, soit de résignés soit d’indignés qui opteront pour la politique dans la rue ; c’est-à-dire un printemps Marocain que j’espère n’éclorait jamais !!

Mostafa MelgouChercheur en économie et Expert du secteur bancaire et financier. Ancien cadre supérieur de plusieurs groupes bancaires dont notamment la BMCI, la Saudi French Bank à Jeddah, Sahara Bank en Libye, et ABNAMRO Bank. Il est co-fondateur de la plateforme ANALYZ.MA