Il faut d’abord rappeler le postulat suivant, que la finalité de toute croissance doit se retrouver dans les poches des citoyens, c’est à dire améliorer leur pouvoir d’achat. Est-ce vrai ? Nous le verrons plus loin.

Mais voyons d’abord comment cette croissance a évolué sur presque un quart de siècle. En 1994, le PIB du Maroc était de Mad 315 milliards. En 2011, il est d’environ 810 milliards. En 2018, il est de Mad un trillion (1000 mld), soit une évolution de Mad 685 milliards sur 24 ans. Si on faisait le compte l’on se retrouverait, par référence à 1994, avec un taux de croissance moyen de notre PIB qui tourne autour de 2,9% pa.

L’enseignement à tirer de ce constat est que notre croissance s’inscrit sur un trend linéaire de 3%, nonobstant quelques variations, liées à la pluviométrie annuelle, mais qui interviennent à l’intérieur d’un trend rectiligne, ne varietur.

Sur la base de ce constat empirique sur presque un ¼ de siècle, rien ne laisse présager que la prochaine décennie afficherait un taux de croissance exceptionnel, de nature à booster notre économie et créer le plein emploi. 


Au delà de la querelle des chiffres sur les taux de croissance effectifs, le problème est ailleurs. Il réside dans la distribution inique de ce PIB. En effet, sur la base du PIB actuel, quelques Mad 1000 mld, la moyenne per capita serait de Mad 25 mille par an. Or, sur la base de la parité 20/80, il s’avère que nous sommes loin du compte, dès lors que, en moyenne, l’on retrouve que 13% des plus riches se partagent 38% de ce PIB, à côté de 40% de Marocains vivant sous le seuil de la pauvreté (moins de deux dollars/jour).

C’est intenable, d’autant que les écarts se creusent pour atteindre un rapport, en terme de revenus de, 1 à 40 voire 50 entre le salaire le plus bas et le salaire le plus élevé, compte non tenu des salaires mensuels mirobolants outre indécents (entre Mad 250  et 500 MILLES, que s’arrogent les patrons de certains Ets publics & autres offices), auxquels cas, les écarts seraient de 1à 100.

   Nous n’avons pas besoin de statistiques, c’est visible à l’œil nu:

Une pauvreté grandissante, avec des écarts qui se creusent de plus en plus ; une armée de chômeurs diplômés qui ne cesse de grandir ; des soins médicaux de plus en plus de piètres qualité.. etc.

Le Maroc s’installe dans une économie qui ne prodigue que de la misère et du désespoir. Pire encore, l’année 2020 s’annonce l’année de toutes les difficultés, dès l’instant que le taux de croissance ne dépassera guère les 2% et le le track record des 3% habituel, ne sera plus qu’un lointain souvenir.

Toute porte à croire que notre pays s’installe crescendo dans la récession, probablement à l’insu des « capitaines » aux commandes bateau Maroc qui est en train de chavirer allègrement.

L’analyste objective ne se fait plus d’illusion et tout le monde s’accorde pour reconnaître une évanescence conjuguée à la déliquescence de notre modèle de développement et de la croissance toxique de notre économie.

Tout est à revoir.

 Et l’élite Marocaine a besoin d’un débat de fond, structurant, au lieu du débat d’usage sur l’accessoire qui prévaut, actuellement.

Comme si c’était fait à dessein pour nous faire perdre dans les méandres de l’insignifiant !

Mostafa MelgouChercheur en économie et Expert du secteur bancaire et financier. Ancien cadre supérieur de plusieurs groupes bancaires dont notamment la BMCI, la Saudi French Bank à Jeddah, Sahara Bank en Libye, et ABNAMRO Bank. Il est co-fondateur de la plateforme ANALYZ.MA