Par Hassan Chraibi

Les manifestations syndicales à l’occasion de la fête du travail, chez nous comme ailleurs, ont bien perdu de leur verve d’antan. La crise du syndicalisme est générale et sanctionne un feuilleton d’affrontements, explicites ou implicites, dont la plus grande manifestation fut le Thatcherisme.

La représentativité syndicale est en berne et l’unité de la classe ouvrière, dans la quasi-totalité des pays, n’est plus qu’une chimère depuis longtemps. Le marché, dans sa conception idéologique, a gagné en imposant sa vision autour de la triptyque : flexibilité, individualisation des rapports sociaux et relativisme des normes salariales. 

Pour autant, certaines victoires, trop éclatantes, sont porteuses de ruines. La crise de 2008 avait déjà montré les dangers du libéralisme hégémonique et triomphant. Le marché est devenu ce serpent qui se mord la queue et qui est incapable de se réformer en fonction de ses erreurs. Beaucoup de patrons et de personnalités  politiques (y compris de droite) regrettent aujourd’hui la belle époque de la représentation syndicale et des deals issus des négociations collectives. Seule l’Allemagne, pays qui a une tradition ancrée de dialogue social, semble échapper à cette crise sociale qui est en train de se transformer en crise de repères. 

En effet, les extrêmes montent partout. Chez nous, les islamistes, d’un côté, qui font défiler les guérisseurs pour faire feu populiste de toute paille (même quand c’est ridicule) face au jusqu’au boutisme des revendications corporatistes, de l’autre côté, où les centrales syndicales sont absentes ou suiveuses (comme dans le cas des professeurs contractuels). 

Dans l’autre rive de la méditerranée, les gilets jaunes en France (le cas le plus récent) rassemblent toutes les colères sans proposer ni revendications claires, ni issues possibles. Toutes les représentations syndicales classiques s’étant montrées trop conciliantes ou, pire encore, impuissantes devant le processus de recul en matière d’acquis sociaux. 

Cette situation est dangereuse. Elle alimente le nihilisme et l’aventurisme. Une cohésion sociale est à recréer. Il appartient à chaque État de réanimer la culture du dialogue social, par secteur, par branche et par entreprise. Le Maroc en particulier, doit faire de la sérénité de son climat social un facteur de compétitivité. Un encouragement (insistant) de l’Etat pour la généralisation de la négociation de conventions collectives pour les secteurs et branches stratégiques du pays, fortement créateurs d’emplois (BTP, Tourisme, Industrie automobile, Agroalimentaire, Logistique  …) est de nature à redonner confiance aux investisseurs et de créer durablement un climat social serein.

Ce type de politiques est en mesure de professionnaliser davantage les fonctions RH des entreprises, d’un côté, et les mandataires syndicaux de l’autre. Il est un levier extraordinaire pour le développement de la productivité, condition sine qua non, pour le décollage industriel du pays. 

L’Etat serait dans son droit de faire cette convocation au patronat et aux syndicats. La régulation intelligente passe aussi par l’activation de son rôle pivot dans la création des dynamiques sociales. Question que le Ministre de l’emploi puisse se rendre utile …

Hassan Chraibi, Consultant en Mangement et Spécialiste du Changement et Climat social. Il est Co-fondateur de la plateforme AnalyZ