Les interactions ayant marqué la journée d’étude organisée la semaine écoulée par le Centre Marocain de Conjoncture —CMC, sur «le modèle d’exportation à l’horizon 2025» à laquelle a été conviée une belle brochette d’experts confirmés, d’économistes chevronnés et de dirigeants de renom, méritent que l’on y arrête. L’intervention pertinente du DG de la BMCE m’intéresse particulièrement.

Alors que Habib El Malki, l’inamovible président du CMC, est allé dans le sens que tout modèle de développement orienté vers l’export constituait une alternative dans le contexte d’ouverture et de globalisation des économies, c’est l’intervention de Brahim Benjelloun-Touimi, Administrateur-Directeur général exécutif du Groupe BMCE Banck Of Africa, qui a le plus attiré mon attention : BBT (pour les intimes) a ainsi présenté lors de cette rencontre sa propre vision de ce nouveau modèle.

Après avoir passé en revue la genèse de la création, il y a 60 ans, de la Banque Marocaine du Commerce Extérieur, dont l’ADN est, par définition, la promotion des échéances du Maroc avec le reste du monde et, plus particulièrement, l’aide sous toutes ses formes et pas seulement en termes de financement, des exportateurs, Brahim Benjelloun-Touimi a, dans un exercice magistral, porté la réflexion -et l’interrogation- sur les nouvelles frontières de possibilités pour le secteur exportateur et comment lever les contraintes et les débouchés à cet effet.

Consolidation Vs. Rupture

Pour cela, BBT a tout d’abord invité l’assistance à répondre à l’unisson à la problématique suivante : «comment nous pourrions opérer une transformation structurelle du tissu productif marocain et viser pour davantage de diversification et d’innovation et aboutir alors, à un Modèle d’exportation à l’horizon 2025 aux termes d’un Nouveau Modèle de Développement» ?

Dans son analyse, Brahim Benjelloun-Touimi explique clairement qu’il n’est pas un adepte de la rupture mais du «renforcement» ou de la consolidation. Selon lui, le Nouveau Modèle de Développement, à propos duquel il y eut tant de littérature et de réflexions produites ne sera pas tout à fait une rupture, compte tenu des choix pertinents d’ores et déjà entrepris par les plus hautes autorités du pays. Ces choix ont conduit à des réalisations remarquables ont atteint leurs limites.

En d’autres termes, un Nouveau Modèle de Développement ne signifie pas un renoncement des choix stratégiques : le Maroc a fait de bons choix, en termes de démocratisation et de libéralisme économique et social, et les illustrations de l’insertion du Maroc dans le système mondial de chaînes de valeurs sont éloquents : l’Aéronautique, l’Automobile etc. «Cet

écosystème est en même temps local, car il existe en effet au Maroc pour ces exemples-là. Il y aurait, également, une insertion à opérer dans l’écosystème international » propose BBT.

Coopération triangulaire : industrie, agriculture et agroalimentaire

Improvisant une brillante analyse géopolitique, BBT rappelle qu’il s’agit pour le Maroc de se projeter à l’horizon 2025, il s’agit donc de chercher à travers cette expérience de Triangulation que le royaume s’insère dans une «Chaîne Mondiale de Valeurs » avec l’Europe, et l’Asie en particulier «parce que ce continent sera le moteur du développement de l’économie mondiale pour, sans doute les deux ou trois décennies à venir ainsi qu’avec le ‘’recul stratégique’’ du Maroc qu’est le continent Africain».

Autrement dit, cette triangulation imaginée par Brahim Benjelloun-Touimi, permettra à des firmes d’échanger entre elles, s’insérant dans cette «Chaine de Valeurs ». Résultat : ces investissements seront alors générateurs d’exportations pour le Maroc.

Reconnaissant que le taux de pénétration dans le PIB des IDE est encore relativement faible au Maroc, le seul moyen de «rattraper les pays émergents (…) est voir au Maroc davantage d’industries. » C’est aussi le seul moyen de s’insérer dans ces «Chaînes de Valeurs Mondiales, génératrices d’exportations, génératrices d’échanges transfrontaliers.»

Aux côtés de l’industrie, il doit inéluctablement y avoir l’Agriculture et l’Agro-alimentaire, «ce qui va permettre à notre pays de contribuer à sécuriser davantage sa sécurité alimentaire et celle de l’Afrique» insiste BBT, rappelant au passage que l’entrée en vigueur, depuis mai dernier, de la Zone de Libre-échange Continentale en Afrique, n’est pas une chimère : «parfois c’est au prix d’utopies, d’utopies fondatrices qu’on fait avancer le monde » a-t-il martelé.

Capitaux environnemental, immatériel et humain

Appelant à saisir l’opportunité d’un ferme engagement dans l’‘’économie verdissante’’ que sont le transport vert, la valorisation des matières résiduelles, la gestion de l’eau, Brahim Benjelloun-Touimi tempère ses propos précisant qu’il ne s’agit pas là d’un appel à la création d’un parti politique écologiste, mais d’une manifestation d’une chaîne de valeur verte. Aussi, « le Maroc pourrait-il avoir une chance de s’y positionner durablement d’autant qu’il a affiché des ambitions élevées en termes de Mix énergétique» explique-t-il.

Si le Maroc est en train d’investir dans le capital industriel, c’est bien. Mais c’est insuffisant. Il en faut davantage. Il faudra mettre le paquet sur le capital environnemental mais également —et surtout-, sur le capital immatériel et le capital humain.

Sur cet aspect-là, Brahim Benjelloun-Touimi, a diagnostiqué une «source majeure des maux de l’actuel Modèle de Développement, qui a montré ses limites » : c’est l’échec du bilan de l’Education publique au Maroc. BBT appelle au renforcement de l’investissement de l’économie

du savoir, l’économie des compétences et l’économie de la connaissance. Il faut aussi, selon lui, développer l’incubation des sociétés technologiques afin qu’elles puissent œuvrer à la digitalisation des divers secteurs de l’économie marocaine et également de l’économie africaine.

Robotique, Big Data, IA…et finance !

La promotion de ces services représentent un réel relais de croissance pour les exportations marocaines car il ne s’agit pas de ‘’services classiques’’ comme l’explique si bien Brahim Benjelloun-Touimi : «tant mieux et on est heureux au Maroc, d’avoir des transports modernes-, et un tourisme dynamique comme services classiques. Cependant, il faut investir dans les ‘’Services Distants’’, tout ce qui est relatif à l’IA, la Robotique, le Big Data… »

S’il s’agit pour BBT de consolider l’attractivité du Maroc dans ces aspects-là qui vont au-delà des ‘’Doing Business’’, et au-delà de tout ce que l’on peut faire dans le domaine strictement économique, l’ADN bancaire de l’Administrateur-Directeur général exécutif du Groupe BMCE Banck Of Africa, et son génie génétique, ont naturellement (re)fait surface en fin d’intervention quand le colistier et bras droit de Othman Benjelloun a tenu à rappeler ce que le Maroc a investi dans le secteur financier : «nous sommes fiers de ce que le système financier a pu réaliser au Maroc. C’est tout de même un secteur moderne, le plus ouvert de l’économie marocaine, opérant aux normes internationales. Il est le garant de la solidité de l’économie marocaine.»

Féru d’histoire, Brahim Benjelloun-Touimi ne pouvait pas clore son cours magistral sans faire référence à la «vieille nation» et au «pays jeune» que sont le Maroc où, à travers l’histoire, plusieurs dynasties se sont succédées. «Ce sont autant d’atouts qui représentent le ciment du Maroc » et tout nouveau modèle de développement ne peut s’inscrire que dans cette «attractivité du Maroc qui se trouve aussi dans son image, ses traits civilisationnels, sa cuisine, ses chants, sa culture (…) Il s’agit d’accompagner par des actions dans ces domaines, le rayonnement de l’économie marocaine.» De la même manière que BMCE Bank promeut les biens culturels de ce pays : «C’est tout un sponsorship d’événements que le Président Othman Benjelloun endosse» renchérit BBT non sans fierté.

Abdellah EL HATTACH, Consultant en Stratégie et Affaires Publiques