Après les préambules et  les avant-propos d’usage, notre chef de gouvernement s’est félicité de son bilan mi-mandat, lundi 13 mai, devant les locataires deux chambres de la députation.

Il rappelle les cinq (5) pistes d’action et de réflexions qui représentent le socle du programme de son gouvernement, savoir :

  • 1- Consolidation des choix de la construction démocratique, de l’Etat de droit et de et de la régionalisation avancée.
  • 2- Renforcement des valeurs de l’intégrité, de la moralisation de l’Administration et de la gouvernance    
  • 3- Up-grading de notre modèle économique, la promotion de l’emploi et du développement durable
  • 4- Renforcement  du développement humain, de la cohésion sociale et spatiale
  • 5- Œuvrer pour la promotion du rayonnement de l’image Maroc à l’international pour la défense de ses justes causes

 Et notre Chef de gouvernement de déclarer et de saluer avec assurance, cerises sur le gâteau,  les places gagnées sur l’échelle du « Doing business » 9 places pour se hisser à la 60ème  et .17 places 73ème  sur l’échelle de l’Indice de perception de la Corruption et de conclure être fier d’appartenir à « un Maroc qui se développe très vite ».

J’aurais aimé partager le même satisfécit que notre Chef de gouvernement, mais la réalité amère est têtue.
Je ne cherche pas du tout à polémiquer ni ne suis un tenant du déni nihiliste. Mais, force est de reconnaître que pour :

  • La migration à la normalité démocratique peine à prendre forme, pour une véritable alternance des programmes et ce depuis, l’amorce de l’alternance consensuelle de 1998.
  • La régionalisation avancée voire la régionalisation, tout court, en est encore au stade des vœux pieux, dans un Etat fortement centralisé et centralisateur, en l’absence de lois organiques, lui donnant corps dans le quotidien des usagers des Administrations publiques.
  • Le développement humain et la cohésion sociale  et spatiale demeurent des objectifs contrariés par un IDH (Indice de développement humain) qui bât en retraite et tiré vers le bas un coefficient Gini (coefficient qui mesure les inégalités sociales ) ‘border line’.
  • ‘’les inégalités sociales au sein du Maroc sont les plus marquées d’Afrique du Nord.’’ Dixit World Economic Forum de Davos
  • 2 ans après le constat d’échec de notre modèle de développement,  pour ne pas parler de sa faillite, nous ne voyons toujours à l’horizon un quelconque modèle gouvernemental   de développement alternatif 
  • La moralisation de l’Administration publique en est encore à la recherche du modus operandi et des déclarations d’intentions.

Pour ce qui est de l’amélioration du classement de notre pays, en termes d’Indice de Perception de la Corruption (reconquête de 17 places), je rappelle ici le constat sans appel d’Amnesty international  ‘’ L’INDICE DE PERCEPTION DE LA CORRUPTION 2018 MONTRE QUE LA LUTTE CONTRE LA CORRUPTION EST AU POINT MORT DANS LA PLUPART DES PAYS’’ ;

Et d’ajouter que ‘’ 16 ont sensiblement régressé, parmi lesquels l’Australie, le Chili et Malte.’’. En établissant, pour les besoins d’analyse, un parallèle des propos, l’on est en droit d’affirmer que l’amélioration de notre classement (73ème ) n’a pas été le fait d’une véritable percée anti-corruption, qu’il s’agit purement et simplement de la régression de 16 pays (peer comparison) et suite aux effets des vases communicants.

Enfin, pour ce qui est du self-satisfécit de l’amélioration du doing busines (climat des affaires) dans notre pays, J’estime plus significatif et plus pertinent que le classement du « doing business’’le rating ‘’ Speculative grade’’ ( pays à risque spéculatif) , au lieu d’Investment grade, établi Moody’s ou Fitch . Le rating BBB- de notre pays est calculé à l’aune de critères d’appréciation plus fiables, que ceux appliqués au climat des affaires.    

Le mot de la fin.

Nulle réforme, sans au préalable, l’état probant des lieux, loin des éléments de langage, pour surfer sur les achoppements. Et il n’est de politique soutenable  que la politique de la vérité.      

Mostafa MelgouChercheur en économie et Expert du secteur bancaire et financier. Ancien cadre supérieur de plusieurs groupes bancaires dont notamment la BMCI, la Saudi French Bank à Jeddah, Sahara Bank en Libye, et ABNAMRO Bank. Il est co-fondateur de la plateforme ANALYZ.MA