Disons-le d’emblée et sans ambages : lors de son intervention, lundi dernier, devant les deux Chambres du parlement, pour la présentation du bilan de mi-mandat de l’action gouvernementale, le chef du gouvernement,  Saad dine El Otmani, a beaucoup déçu.

Il est vrai que la grande majorité des marocains n’a carrément pas prêté attention à ce discours alors que la minorité restante ne s’attendait à aucun miracle de sa part. D’un côté, les marocains n’ont pas besoin d’un discours tout en langue de bois pour connaître les réalités du pays, tout simplement parce qu’ils vivent ces réalités, souvent difficiles. Ensuite, quand un pays connaît un lourd marasme économique avec un profond abîme social, son peuple cherche au moins qu’on respecte son intelligence, qu’on lui dise la vérité lorsqu’on on est incapable de trouver des solutions à ses problèmes.

Or, Saad dine El Otmani a choisi une recette obsolète pour s’adresser aux marocains, celle du “tout va bien madame la marquise”, comme si le citoyen vivait dans une autre planète, alors qu’on a bien compris ce jour-là que c’est bien le chef du gouvernement qui était réellement déconnecté des réalités de la masse.

Sans sourciller, le patron de l’exécutif, seul peut-être à croire à ce qu’il avance, a déclaré que “l’homogénéité et la solidité de la coalition gouvernementale ont permis d’accélérer la cadence des réalisations” (sic!).

Tout d’abord, en ce qui concerne la moralisation de la vie publique, de l’amélioration du modèle économique, ou du renforcement du développement humain dont le nouveau modèle tarde à être déployé, les avancées sont très timides et les rapports des grandes institutions internationales, dont le Maroc est partenaire, témoignent de ce retard conséquent : l’offre dans le secteur de la santé et de la couverture médicale est sous-développée, les disparités sociales sont criantes, le pouvoir d’achat en baisse…mais de quelles avancées parle Saad dine El Otmani ?

Par ailleurs, et concernant l’homogénéité de la “coalition” gouvernementale, il s’agit, là, du plus grand bluff politique de l’année car d’aucuns n’ignorent les divergences abyssales entre les différentes composantes de cet exécutif hybride. D’ailleurs, le “pacte de la majorité” dont  Saad dine El Otmani est si fier, est une coquille vide, de l’aveu même de plusieurs hauts cadres des formations politiques qui la composent.

Concernant les valeurs d’intégrité, la réforme de l’administration et la bonne gouvernance, Saad dine El Otmani a parlé d’avancées majeures alors que le commun des mortels parmi les usagers du service public est dégoûté par le triste sort de ces différents chantiers. Sinon, concernant l’appui à l’entreprise, l’optimisation de l’emploi et le développement durable, le gouvernement El Otmani est à des années-lumières, non pas seulement de ce qui se fait dans les pays qui se respectent, mais uniquement des promesses avancées lors de la première déclaration gouvernementale il y a 30 mois.

Le retard pris dans la régionalisation avancée, chantier majeur et central dans la politique de l’Etat, est symptomatique de l’état de léthargie et d’inertie dans lequel se trouve l’actuel exécutif. En revanche, il faut reconnaître à ce gouvernement une capacité sans égale dans l’endettement du pays, dans le marché interne comme à l’international, hypothéquant ainsi l’avenir de plusieurs générations de marocains condamnés à rembourser les dizaines de milliards de dollars de dettes qui plombent les ailes du Maroc.

Pour clore son bilan d’étape, et s’agissant des actions de renforcement du rayonnement du Maroc à l’international et la défense des intérêts du royaume sur le plan mondial dont la question de notre intégrité territoriale, Saad dine El Otmani  a eu l’outrecuidance de faire sien un champ régalien relevant du périmètre royal et géré respectivement par les départements de souveraineté, le réseau diplomatique en plus de quelques initiatives nationales dans le cadre de missions ad hoc.

D’où la question légitime : un gouvernement qui a du mal à relever les défis internes, comment peut-il prétendre influer et peser sur la politique étrangère du pays ?

Abdellah El Hattach, Analyste et Consultant en stratégies et affaires publiques.