Par Jaouad Benaissi

La colère cède la place à un apaisement dont j’avais tant besoin. L’aptitude à l’amour ne serait-elle pas aussi une aptitude au chagrin ? J’ai vu et vécu les deux, l’un et l’autre, l’un avant l’autre, l’un après l’autre… l’amour est une succession d’émotions contradictoires où la joie ne saurait exister sans la peine. Je craignais te perdre et avais du mal à me projeter dans un quelconque avenir où je serais seul, sans toi, sans mon autre moi et certainement, sans la chose la plus mystérieuse, mais en même temps, la plus belle en moi…

Nous étions bien ensemble. Nous faisions les choses de la vie, et les choses de l’amour avec la complicité et la complémentarité d’une paire de seins. On nous reconnaissait comme étant beaux et de bonnes moeurs. Et même si nous n’avions pas encore consommé l’âge des erreurs, je nous trouvais tellement compatibles l’un avec l’autre que j’appréciais les moments assez rares où nos prises de positions étaient divergentes.  En aucun moment, vraiment en aucun moment, je ne pouvais imaginer que toutes ces choses là puissent se défaire par un claquement de doigts.

Certes, je suis moins en colère qu’au début de ces correspondances, mais il me faudra beaucoup de temps pour comprendre ce qui s’est réellement passé. Comprendre pour comprendre. Comprendre pour mourir moins bête !

Peut-être que l’on ne conçoit pas l’amour de la même manière. Je suis le bohémien qui, entre la stabilité de la routine et les angoisses de la liberté, choisirait les angoisses quitte à en payer cher. Et te perdre était bien le prix que je croyais devoir payer pour ne pas me perdre moi-même. J’avoue que l’équation n’était pas claire et qu’après tout ce temps là, je me rends compte que cette liberté de merde est un gros piège. Une liberté qui ne me procure aucune joie de vivre. Une liberté où ma vie a plutôt l’air d’une cellule d’isolement dans une prison immense. Finalement, je comprends à mes grands dépends que ton amour était ma vraie liberté…

En amour, personne n’est vacciné contre l’erreur. Tes erreurs étaient verbales, tandis que les miennes, sans doute plus graves, relevaient de l’éthique. Je n’ai plus envie de m’y attarder, cela ne sert à rien. Mais en amour aussi, il faut pardonner. Rien n’est impardonnable. Et assumant mes erreurs, j’ai tenu à porter ma croix à attendre que tu reviennes. Je ne pouvais pas faire plus que cela. J’aurais pu te dire : reste. J’aurais pu t’empêcher de partir en m’engageant sur une nouvelle charte d’éthique, sur un avenir sans dérapages. Hélas, ma religion m’interdit de retenir une femme qui veut partir, d’autant plus que tout est pardonné, ne veut pas dire que tout est oublié. Une femme n’oublie jamais les infidélités de son homme, à moins qu’elle ne soit dotée d’une intelligence divine !    

Un moment arrive où il faut fermer les portes…

Tu mes les as toutes claquées à la gueule. Et j’ai fini par admettre… Je me conforte par l’idée que tu m’emportes là où tu iras. Tu as beau refaire ta vie avec un autre, ou avec d’autres, tu évoqueras toujours mon nom au milieu d’une discussion, même si tu me présentais comme une erreur fatale que tu regrettes d’avoir commis, ou comme un très mauvais souvenir. Mais au fond de toi, je continuerai d’être ce beau rêve que tu n’as pas réussi à réaliser. Je suis cette petite amertume que tu garderas toujours sous ta langue miellée comme un rappel à la fois de vérité et de virilité. Sois prudente, la nostalgie

Je prends conscience de ton absence. J’en prends acte. Et voilà que le temps passe et que j’en prends l’habitude… Et c’est comme ça ! Il faut arrêter de s’acharner sur le destin et laisser la vie faire ce qu’elle a à faire. Bizarrement, cette phrase idiote que se répètent les  pauvres gens, me fait du grand bien. Je laisse donc la vie apaiser ma peine. Ta présence m’apportait une sorte de bienveillance et de protection féminines dont je n’arrête pas de ressentir  le besoin et sans lesquelles je me sens amputé d’une de mes jambes. Oui, sans toi, je suis dans cette précarité affective qu’on ne peut malheureusement couvrir par aucun contrat d’assurance.

Ceci dit, je peux vivre sans toi. Car on peut vivre sans protection…

Au revoir…

Au revoir, mon amour !