Par Mohamed Laroussi

Aujourd’hui, c’est mardi, le jour de mon édito hebdo, mais je ne suis pas sûr d’avoir choisi le bon sujet. Je suis même quasi certain qu’il ne va pas plaire à tout le monde, notamment à une catégorie professionnelle dont pourtant, tous et toutes, nous avons un besoin, osons le mot, vital. Il s’agit bien sûr de tous ces gens admirables qui s’occupent de notre santé, et plus précisément les médecins, toutes spécialités ou pas confondues. 

Ce sujet a toujours été d’actualité, mais, depuis quelques jours, il est devenu carrément brûlant, à tel point que peu de confrères et consoeurs s’aventurent, non pas à en parler, du moins à prendre position.  

En vérité, si nous réfléchissons bien, nous n’avons pas à prendre position, parce qu’il n’y a pas réellement de combat, et il n’y a aucune raison qu’il y en ait un. En effet, il n’y a pas de camps antagonistes, mais une seule et unique communauté, composée de vrai(e)s malades ou qui le sont potentiellement, et de médecins, hommes, femmes, qui ont la charge de les soigner, et qui, un jour ou l’autre, peuvent à leur tour tomber malades et avoir besoin d’autres médecins. 

Ce n’est pas une théorie très scientifique, mais juste un avis de quelqu’un en apparence en bonne santé, mais qui s’attache à soigner du mieux qu’il peut une maladie chronique assez sérieuse qui nécessite un suivi médical permanent. 

Cette personne, qui n’est autre que votre serviteur, n’a donc aucun interêt à prendre parti, et encore moins contre les médecins, et vous non plus. Cela étant précisé, rien ne devrait nous empêcher de discuter, mais calmement, entre gens conscients des devoirs des uns et des droits des autres, et réciproquement.

Reprenons depuis le début. En vérité, le début du désamour qui caractérise les rapports douloureux malades-médecins dans notre pays ne date pas de la sortie audacieuse ou hasardeuse, c’est selon, de M. Zouheir Chorfi. Donc, cette prise de parole publique de ce “haut commis de l’Etat” comme l’appellent un peu péjorativement ses adversaires du moment, lui a valu un magnifique lever de bouclier, dont il se serait bien passé. 

Personnellement, j’avais trouvé son intervention plutôt citoyenne et pas du tout démagogique, comme on le lui a reproché. Il est vrai, elle a manqué au devoir de réserve d’usage, mais, franchement, cela ne méritait pas toute cette montée de température et de tension chez nos amis et partenaires à vie que sont les médecins. Je m’étais moi même amusé à commettre un petit billet ici même, dans lequel j’avais tourné  les choses à la dérision. Et bien, ce billet, tout minuscule qu’il était, m’a fâché sérieusement avec un ami médecin, qui se reconnaitra, et probablement avec bien d’autres, qui me le feront savoir peut-être un jour. 

En tout cas, je reste sur ma position, que je voudrais d’ailleurs partager avec vous.

Autant je peux comprendre que les médecins, et notamment du privé, soient irrités, voire révoltés par les propos de M. Chorfi qui semblent avoir trouvé beaucoup d’écho, en particulier chez une bonne partie des mal portants et des mal portantes, autant je ne comprends pas pourquoi ils veulent absolument en faire toute une affaire, pour ne pas dire une affaire d’Etat.   

Puisque, selon eux, le Maroc serait 26ème ou 27ème au classement mondial de l’OMS sur le plan de la qualité de la santé, ils devraient être plus sereins et arrêter de croire qu’il y’aurait  une grande cabale contre eux. Il n’y a aucune cabale de quiconque contre quiconque, il y a juste que la force des nouvelles technologies, et à leur tête internet, fait que tout est subitement amplifié, aggravé, dramatisé. 

Cela dit, et même si je ne devrais pas être aussi cavalier, j’aimerais  dire à tous les médecins, et notamment à certaines de leurs corporations qui ont décidé de monter au créneau, qu’ils doivent calmer le jeu et revenir à de meilleurs sentiments. 

Je puis vous assurer, mesdames et messieurs, que personne ne vous en veut, que personne ne vous déteste, et que personne n’est jaloux de vous ou de votre réussite. Nous, les malades, nos proches et nos familles, avons grandement besoin de vous, mais, il faudrait que vous aussi, de votre côté, reconnaissiez que vous avez besoin de nous. Nous, les malades et consorts, nous ne demandons pas la lune, mais juste que vous nous ne considériez pas uniquement comme des portefeuilles mobiles, rechargeables en permanence par des opérations du Saint Esprit, mais d’abord comme des êtres humains dont vous avez l’obligation morale de soulager la souffrance et que vous avez  le devoir non négociable de soigner, et au juste prix, s’il vous plait. 

Quant à vos comptes avec l’Etat, les finances, les impôts etc., vous avez intérêt à bien les discuter avec eux, sans surenchère et sans déni, dans le calme et dans l’intérêt bien compris de toutes les parties, y compris, nous, les malades et consorts. En un mot comme en un million : médecins, malades, Etat, même combat. 

En un mot comme en un million : médecins, malades, Etat, même combat.