Une pandémie a frappé l’humanité avec une telle rapidité qu’elle semble avoir pris tous les dirigeants de court. Ce qui semblait être le monde évident et permanent, a disparu d’un trait. Ce construit bâti sur les fondations du libéralisme, de la mondialisation, du marché tout-puissant, du commerce international … a laissé place à une redécouverte du Keynesianisme, voire d’un socialisme de nouveau genre … un socialisme de survie, de pacification sociale et de discipline sanitaire.  

Ainsi, la démonstration est claire : le marché à lui seul, ne peut gérer les crises. Or des crises au Maroc, nous en avions à la pelle, mais nous n’en avions reconnu aucune pour telle : crise d’analphabétisme, de pauvreté, de déficit de citoyenneté … et j’en passe.

Il a fallu que l’hécatombe d’une pandémie mondiale pointe son nez pour que nous nous rendions compte que beaucoup de choses auraient pu être faites et depuis longtemps afin que le Maroc soit différent, sinon meilleur.

Près de 23 milliards de dirhams recueillis en quelques jours qui, sans cette pandémie (qu’elle en soit remerciée), auraient servis à payer Shakira ou le FC Barcelone, en contrepartie d’un concert ou d’un match de gala, vont maintenant servir à équiper des hôpitaux, à couvrir les besoins des familles les plus nécessiteuses, à assurer des stocks de médicaments … à couvrir nos déficits sociaux.

L’effort constitue 2,7% du PIB à ce jour, ce qui place notre pays au 4ème rang mondial, juste derrière la Suède, le Chili et la Nouvelle Zélande. Et il est très probable que cela ne s’arrête pas à ce chiffre.  

Depuis hier, le parlement discute avec le gouvernement des modalités de financement et de distribution des aides aux familles touchées économiquement par les effets du Coronavirus. Il ne s’agira pas que des personnes ayant perdu leurs emplois et qui sont déjà déclarés dans le système de la sécurité sociale. Mais aussi toutes les personnes faisant partie du secteur informel bénéficieront de mesures immédiates pour couvrir leurs besoins de nécessité en fonction du nombre de personnes à charge dans chaque famille.

Wao ! D’aussi grands moyens en si peu de temps, il y a de quoi « applaudir » !  

Ainsi le Maroc s’est montré capable de mettre en place un dispositif de revenu universel qui permettrait à tous ses citoyens de se sentir intégrés dans la société. On ne rêve pas, c’est bien le Maroc, pas la Suisse, le Danemark ou l’Arabie Saoudite.

Le Maroc !!! Quelque chose vous échappe ? Tant pis, qu’elle échappe …

Pensez-vous qu’après la crise, l’Etat pourra annuler ces mesures ? Faire admettre aux gens que c’était mieux quand il y avait le coronavirus ? Qu’au moins, tout le monde mangeait à sa faim … ? Il y aura un après coronavirus, que tout le monde en soit sûr. Les plus conservateurs ne pourront pas y résister. L’Etat protecteur est de retour dans le monde entier. Il devra être découvert chez nous.  

Ah oui, la commission du nouveau modèle de développement : regardez bien, copiez et collez ! 

Hassan ChraibiUniversitaire et Chercheur en Sciences de Gestion. Il est Co-fondateur de la plateforme AnalyZ