Hicham BERJAOUI ,Enseignant-chercheur à la Faculté de droit de Marrakech.

Le discours Royal du 20 août 2020 constitue un appel à la solidarité nationale en vue d’atténuer les souffrances humaines et économiques engendrées par une pandémie mortelle qui sévit dans la planète depuis plus de 9 mois. Il présente un diagnostic concis et neutre de l’état de propagation du nouveau coronavirus dans notre pays et s’inscrit dans la lignée de discours Royaux managériaux, que façonne un suivi anatomique de la réalité marocaine dans toutes ses facettes.

Le chef de l’Etat se désole, solennellement, du résultat néfaste du relâchement quasi-général dans l’application des mesures préventives prônées par les autorités sanito-sécuritaires, lequel, en cas de persistance, peut aboutir à un confinement drastique qui sera accompagné de répercussions nocives tant sur l’Homme que sur l’économie.

En utilisant un langage on ne peut plus clair et facilement assimilable par le marocain lambda, le Souverain précise que la lutte contre la Covid-19 n’est pas l’apanage de l’État mais incarne, plutôt, un exercice décisif de citoyenneté, en particulier après l’assouplissement du confinement dicté, essentiellement, par la contrainte irrésistible de sauvetage de l’économie nationale.

Dans ce sillage, il est opportun de rappeler que la corrélation entre les droits et les devoirs de la citoyenneté, que matérialise, dans la réalité, une action concertée entre l’État et sa population contre le virus mortel, est corroborée par la Constitution dont le préambule énonce que le Royaume s’attache à la préservation des droits et des libertés « dans le cadre de la corrélation entre les droits et les devoirs de la citoyenneté« .

Il est indéniable que la situation épidémique au Maroc est presque immaîtrisable en raison, bien évidemment, de la hausse spectaculaire des contaminations quotidiennes qui, faut-il le rappeler, franchissent la barre de 1000 cas confirmés, depuis juillet passé.

Les causes de cette décadence sont multiples et combinées. Déjà, l’effort de communication et de sensibilisation fourni par le Gouvernement demeure insuffisant. Les conférences de presse tenues, quotidiennement, par le ministère de la Santé deviennent, de plus en plus, ennuyeuses et, du coup, leur effet dissuasif se détériore pour ne pas dire qu’il est approximativement inopérant.

Après un discours Royal audacieux, objectif et précis, les acteurs publics, quels qu’ils soient, doivent songer à l’implémentation. Ainsi, le Gouvernement est, vivement, invité à mettre en place une stratégie de communication, de prévention et de curation cohérente et, notamment efficace pour convaincre les marocains, notamment de petite étoffe, de la dangerosité et de la létalité du nouveau coronavirus.

L’élaboration de cette stratégie doit répondre à des urgences qui se rapportent au temps et à la méthode, en ce sens qu’il faut en commencer la mise en œuvre dans un délai réduit et y associer la société civile.

Il ne faut pas omettre que la carte de propagation du virus indique que les taux les plus alarmants s’enregistrent dans des localités pauvres, surpeuplées et enclavées. La majeure partie des victimes de la Covid-19 est, désormais, constituées de personnes vivant dans des conditions économiques et sociales fragiles et précaires. C’est de cette transition déterminante que doit tenir compte l’effort public tant préventif que curatif.

En d’autres termes, les outils, les actions et les contenus de l’effort de prévention et de curation doivent être adaptés aux particularismes culturels et économiques des localités où le virus se prolifère le plus rapidement, pour minimiser les risques de la dégénérescence de la crise sanitaire en inflammations sociales.