Par Ahmed SABBARIEnseignant chercheur en Sciences de Gestion – Université Cadi Ayyad

La première impression est toujours la bonne, surtout quand elle est mauvaise ! Voilà une devise de la gestion des crises.

Depuis l’apparition des premiers cas de personnes porteuses du maudit virus covid-19 au Maroc, un cri d’alarme très fort s’est rapidement lancé afin d’en contrôler la propagation.

Il faut dire alors qu’à ce niveau, le Maroc a fait preuve de vigilance et de lucidité en tirant vite les meilleures leçons de ce qui s’est passé chez nos voisins de l’outre-mer particulièrement en Italie, en Espagne puis en France, où la maladie du Covid-19 s’est très rapidement répandue.

Des décisions courageuses ont été prises et rapidement mises en œuvre -alors que nous n’avions pas encore franchi le seuil de 100 cas confirmés- allant de la suspension des cours en présentiel dans les écoles, à la fermeture des frontières, en passant par  la fermeture de tous les lieux publics y compris les mosquées, jusqu’à l’annonce officielle de l’état d’urgence sanitaire. Des mesures strictes, mais qui semblaient bien nécessaires.

Par ailleurs, ces actions courageuses sont, en effet, depuis le début de la crise, associées à une stratégie de communication, régulière et continue certes, mais ne semble pas suffisamment bien élaborée comme le supposerait une telle situation.

L’obligation de disposer d’une autorisation de sortie a été annoncée et officialisée alors que le modèle de cette déclaration sur l’honneur n’a pas encore été diffusé ou peut-être même pas encore conçu ! les masques de protection inutiles, nous répétaient ils, au départ, sont devenus obligatoires à partir du 07 avril et tout contrevenant serait passible de sanctions judiciaires, alors que jusqu’aujourd’hui ces fameux masques, que les européens cherchent à nous acheter, sont toujours un produit rare dans tous les points de vente possibles (épiceries, grandes surfaces, pharmacies, etc). 

Il est clair que l’exécution n’as pas été aussi rapide que la communication et que cette dernière n’est pas aussi satisfaisante pour éviter la panique sociale. Or, nous le savons très bien la communication joue un rôle important dans toute crise, car c’est ce qui permet au public de former sa perception quant aux actions entreprises, et si nous communiquons mal ou trop tard, la perception négative du public sera difficile à corriger.

L’instauration et le maintien d’un climat de confiance – indispensable en temps de crise – nécessité une stratégie de communication qui saurait prendre essentiellement en compte les inquiétudes des citoyens. Par conséquent, l’accent devrait être mis sur les informations qui peuvent rassurer et constituer une source de motivation pour plus de précaution et un confinement plus strict.  Ainsi, des informations à jour (nationales mais aussi régionales) concernant la proportion des cas confirmés par rapport aux tests effectués, le taux de progression du nombre de guéris, et le taux de régression du nombre de décès, semblent plus que nécessaire.

Il faudrait expliquer clairement que notre doctrine de dépistage n’est ni automatique et ni régulier mais plutôt très ciblée pour détecter les cas positifs, leurs contacts, et les foyers épidémiques. Le nombre de tests effectués fluctue alors d’un jour à l’autre par ce qu’il dépend du nombre de cibles soupçonnées (porteurs potentiels du virus) et non pas de notre capacité de dépistage. Dès lors, il est évident que ni un nombre élevé de cas comme celui enregistré le 17 avril (281 cas) ne devrait nous inquiéter, ni un nombre aussi bas comme celui enregistré le 25 mars (55 cas) ne devrait trop nous rassurer.

Le plus important serait de souligner que c’est grâce à cette démarche de dépistage ciblée, très bien faite jusqu’au là, que nous sommes arrivés à détecter tous ces foyers épidémiques (familiaux, industriels et commerciaux) et du coup cerner très rapidement la propagation potentielle du virus. Que la proportion des cas qui se présentent pour le test (des personnes symptomatiques) recule rapidement au profit de la proportion des cas détectés grâce au suivi strict et continu des contacts des contaminés (personnes asymptomatiques). Que cette identification précoce des personnes infectées qui a permis en parti d’améliorer le taux de guérison et de réduire le nombre des personnes prises en charges en réanimation.

Ainsi, et du moment où ne nous nous sommes plus pas dans une logique de dépistage massif, il serait aussi légitime de s’interroger sur la validité de certaines statistiques, en particulier celle relative à l’évolution du nombre de cas positifs. Ce chiffre qui ne servait souvent qu’alimenter davantage la peur des citoyens, ne nous donnerait pas une image fidèle sur le degré de contamination, ni une idée sur la situation et l’impact des mesures de confinement et de distanciation sociale qui sont appliquées depuis près de cinq semaines.

D’autres indicateurs statistiques comme le taux de positivité journalier (la proportion des cas positifs parmi ceux nouvellement testés), le taux de progression des cas testés – cas positifs, taux de régression de mortalité des personnes atteintes, etc. sont beaucoup plus significatifs et dans le cas marocain sont heureusement beaucoup plus rassurantes. En effet, le taux de positivité a une tendance globale baissière, le nombre cumulé de tests effectués progresse d’une vitesse beaucoup plus importante que celle du nombre cumulé des cas positifs qui, lui, connait une augmentation lente en attendant qu’il arrive à son pic. 

Le taux de décès continue sa régression claire et il est désormais en dessous du taux de décès mondial, 4,5 % contre 6,9%.  Le taux de guérison est aujourd’hui de 13% alors qu’il était de 4% au début du mois d’avril.

Un dernier point d’interrogation est à mettre sur les communiqués du ministère de la santé et ses délégations régionales. Le nombre de guéris par région repris des publications du ministère de la santé sur sa page Facebook officielle nous donne un total de 493 cas de guérisons à la date du 21/04 – 18h, or le nombre officiellement déclaré sur le Portail Officiel du Coronavirus au Maroc Covidmaroc.ma à la même date est de 393 cas seulement !! Ou bien les délégations régionales gonflent leurs statistiques concernant les guérisons ou bien le ministère de la santé sous-estime le nombre de guéris.  Ça donne à penser, non ?