La Chine ne le cache pas et ne s’en cache pas : ses velléités sur l’Afrique sont d’ordre géostratégique, tant sur le plan économique -il faut bien nourrir 1,5 milliard de chinois-, que sur le plan militaire -le continent africain constitue une profondeur géopolitique majeure pour Pékin qui dispose désormais de nombreuses bases aéronavales dans plusieurs pays du continent ainsi que des conseillers militaires dans d’autres.

Pour le Maroc, qui se trouve chez lui en Afrique, l’enjeu est d’abord culturel, humanitaire, historique et bien sûr économique. Sans oublier l’aspect sécuritaire quand il s’agit de la lutte antiterroriste notamment contre les groupuscules qui sévissent dans certaines régions du Sahel. Tout ça sous le regard inquiet des Etats-Unis et d’autres puissances régionales qui ne voient pas nécessairement d’un bon œil les points de conjonction qui pourraient unir Pékin et Rabat dans leur ouverture sur l’Afrique.

Beaucoup de capitales occidentales et même d’autres de pays «amis» et «frères» se sont réjouies quand le groupe chinois Haite s’est désisté du projet du parc industriel Mohammed VI Tanger-Tech. Ces capitales «amies» y voyaient une menace à leurs intérêts surtout qu’une présence chinoise dans le nord du Maroc signifiait pour certains un contrôle indirect par Pékin du Détroit de Gibraltar, corridor sensible du commerce international et à proximité de la VIe Flotte américaine basée en Méditerranée.

Or, pour le Maroc, le projet relève de sa souveraineté nationale. Si cela n’a pas été possible avec le groupe Haite, pour des raisons purement financières et de misunderstanding, et aussi parce que le montage initial concernait des entités privées entre elles sans réelle implication gouvernementale, aujourd’hui ce sont les deux Etats, marocain et chinois, qui se sont officiellement engagés pour remettre le projet sur les rails.

L’objectif du Maroc et de la Chine était tout d’abord de trouver un vrai partenaire qui allait s’engager sur le long terme dans ce projet titanesque. Une liste initiale de 22 sociétés a été soumise aux deux parties puis, après défrichement, une short-list de 2 compagnies a été retenue suite à un travail remarquable du duo de choc chargé de l’opération par le gouvernement marocain et composé de l’ambassadeur du Maroc à Pékin, Aziz Mekouar, et du ministre chargé de la coopération africaine, Mohcine Jazouli. Les deux hommes connaissent très bien le dossier pour des raisons évidentes : l’ambassadeur Mekouar vient du groupe BMCE Bank of Africa, principal partenaire du projet de la Cité industrielle Mohammed VI Tanger-Tech, et le ministre Jazouli s’occupe naturellement de tous les mégaprojets concernant l’Afrique. Le choix définitif s’est finalement porté sur le géant chinois CCCC, la China Communications Construction Company, une entreprise de construction publique chinoise, qui travaillera en bonne intelligence avec BOA, la région du nord, TMSA et le gouvernement marocain.

Avec ce comité de pilotage quadripartite, le Maroc, fort des (mauvaises) expériences observées, notamment avec Haite, met ainsi tout en œuvre pour que ce partenariat et d’autres à l’avenir soient les plus transparents et les moins risqués possibles.

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Abdellah El Hattach, Consultant – Expert en stratégies et affaires publiques