Cette question à l’apparence incongrue, je ne cesse de me la poser depuis des années, et je la pose également à nombre de mes ami(e)s. Je sais qu’aujourd’hui je la pose d’une manière publique va irriter beaucoup de personnes et va donc m’attirer des ennuis, mais je vais en prendre quand même le risque parce que j’estime que c’est mon devoir de citoyen et – osons le mot – d’intellectuel de ne pas occulter les questions qui dérangent. Legrand Einstein disait souvent :« Pose ta question, tu seras idiot une seconde. Ne la pose pas, tu seras idiot toute ta vie ». Je ne voudrais ni être ni juste paraître idiot ne serait-ce qu’une microseconde.

En vérité, ce n’est pas la première fois que j’aborde cette question à travers un mes écrits. Je me souviens d’un article que j’avais publié il y a une bonne vingtaine d’années dans le défunt magazine de l’Association Marocaine des Critiques de Cinéma. Je me rappelle parfaitement du titre dont j’étais particulièrement fier: « Un festival, des festivités ». Avouez qu’il était assez suggestif et un tantinet provocateur.

Si mes souvenirs sont bons, je crois que j’avais surtout parlé, en m’amusant un peu, des côtés souvent festifs et ludiques de ces festivals, et particulièrement les festivals dédiés au cinéma. Je pense même les avoir comparés à des vacances payées par le contribuable, sans nier aucunement en être un des heureux bénéficiaires, même si à l’époque, je bossai encore dans la pub et j’étais abreuvé de réceptions et de cocktails aux frais des annonceurs et des médias.

Aujourd’hui, j’aimerais élever le débat à un niveau un peu plus sérieux et un peu plus déontologique et éthique.
Pourquoi organise-t-on des festivals de cinéma et pour quels objectifs ?

S’il vous plaît, ne répondez pas tous en même temps !

Pour être franc avec vous, moi non plus, je n’ai pas de réponse. Pourtant, à chaque fois qu’on m’invite à un festival de cinéma – ou même quand on ne m’invite pas, comme c’est de plus en plus le cas ces derniers temps – je ne peux m’empêcher de m’interroger sur le pourquoi de l’organisation de ce type d’événements dans le sens que j’aimerais savoir ce qu’ils rapportent réellement au secteur de la culture et des arts dans notre pays, si tant est qu’ils puissent rapporter quelque chose, sauf, peut-être, à ceux qu’ils les organisent, ce qui serait par ailleurs assez légitime, car, comme on dit : toute peine mérite salaire.

Assez palabré, et allons au fond du problème.

Si nous faisons le compte du nombre de festivals et d’éditions de festivals – et je ne parle ici que de cinéma – qui sont organisés depuis juste ces dernières décennies, et si nous faisons le calcul du cumul des millions de dirhams, investis – je dis bien investis et pas dépensés – nous allons nous retrouver très facilement avec un total de plusieurs dizaines de millions dirhams. Oui, mais pour quel résultat ?

C’est vrai que les festivaliers réguliers dont je fais partie ont vu des centaines de films, venus du monde entier, que le Maroc a reçu un nombre incalculable de cinéastes, dont les plus connus et les plus illustres. Ils nous ont parlé de leurs belles carrières et de leurs parcours exceptionnels. Beaucoup ont déclaré leur grand amour pour le Maroc, ce qui n’a pas manqué de titiller notre orgueil national. Certains ont même jeté leur dévolu sur nos belles cités pour y construire ou y acquérir de superbes résidences. Oui, mais, comme dirait l’autre : So what ? Qu’a vraiment gagné le cinéma marocain et le cinéma au Maroc avec tout cela ?

Attention : je ne vise pas que les festivals dits internationaux qu’on organise régulièrement, et depuis des années, dans les principales villes de notre pays. Tous les autres événements, nationaux ou régionaux, amateurs ou professionnels, du plus petit et du plus démuni au plus avantagé et au plus sponsorisé, sont également concernés par mon interrogation : quel impact durable ont-ils sur notre vie culturelle, à commencer par les propres villes ou villages où ils sont organisés.

Tenez ! Je vais poser une question toute bête : que se passe-t-il dans ces cités entre deux festivals ou deux festivités ?
et une toute dernière encore plus très terre à terre : combien de salles de cinéma ont été ouvertes, ou juste réouvertes, dans toutes ces villes où on ne cesse d’organiser chaque année une énième édition d’un énième festival ?

Combien ces villes ont-elles gagné de nouveaux amateurs de cinéma, de nouveaux cinéphiles ?

Je pourrais encore poser de multiples autres questions, mais je vais m’en arrêter là. J’avais un professeur à la fac qui nous disait toujours que lorsqu’on ne sait pas, on doit demander à ceux qui savent. Mais comme je pense que personne n’a vraiment de réponses à toutes ces questions ou bien que beaucoup connaissent les réponses, mais n’ont pas intérêt à les donner, je vais faire une requête sous forme de bouteille à la mer : et si on faisait une grande étude par un organisme indépendant qui aura pour objectif de faire le bilan de cette si belle et si intensive maladie qu’on pourrait appeler « la festivalite » ?

Voilà, c’est dit.
En attendant, je vous souhaite un très bon week-end, et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi tout est dit.